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Quoi faire avec les extensions de noms de domaine .porn, .sucks, etc.?

13 mai 2015

Des pistes de réflexion pour les entreprises

PASCAL LAUZON | Montréal

La chanteuse Taylor Swift a récemment acquis les noms de domaine taylorswift.porn et taylorswift.sucks, ce qui en a laissé plusieurs perplexes quant aux potentielles intentions de Madame Swift d'étendre la portée de ses activités commerciales... Il n'en est cependant rien. Il s’agit plutôt de la mise en œuvre d’une stratégie visant à protéger son image et sa marque de commerce.

Depuis quelques années, la Société pour l’attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet (ICANN) a attribué un nombre important de domaines génériques de premier niveau (ou « generic Top Level Domain » ; « gTLD »), parmi lesquels on retrouve certes des gTLDs intéressants pour certains commerces comme les .quebec, .restaurant, .club, .casino, .boutique et .lawyer qui sont déjà accessibles. Mais une panoplie d’autres extensions deviendront aussi accessibles au cours des prochains mois, dont des gTLDs visant des activités de moralité plus douteuse comme les .sucks, .porn et .adult.

Plus particulièrement, ces trois noms de domaines deviendront publiquement accessibles dès le 29 mai 2015 pour le .sucks et le 4 juin 2015 pour les .porn et .adult (aux coûts comparables aux autres noms de domaine). Depuis la fin mars et le début avril, ces gTLDs ne pouvaient être qu’enregistrés (pour une somme pouvant aller jusqu’à 2 000+ $US) par des personnes et sociétés qui avaient inscrit leurs marques pertinentes auprès du « Trademark Clearinghouse ». Cette inscription permet à ces personnes et sociétés d’acquérir en priorité des noms de domaines comportant leurs marques parmi les nouveaux gTLDs, dans le but notamment d’éviter qu’ils puissent être acquis par des personnes n’y ayant pas véritablement droit.

Certaines grandes entreprises y voient une forme d’arnaque et refusent de se prêter au jeu et choisissent sciemment de ne pas acquérir des noms de domaine comportant leurs marques parmi les nouveaux gTLDs, dont les moins honorables. Ces entreprises estiment notamment que le régime classique avec, entre autres, les .com, .net et .[initiales de pays] est suffisant et juste. Toutefois, d’autres entreprises désirent éviter à tout prix que leurs marques soient associées à des activités de réputation discutable ou encore dissuader la critique négative et la diffamation. Elles voient donc un intérêt à obtenir les noms de domaine parmi les gTLDs .sucks, .porn et .adult pour en empêcher l’enregistrement et l'utilisation par d’autres tiers. Il est à prévoir que plusieurs sociétés qui n’ont pas inscrit leurs marques auprès du « Trademark Clearinghouse » se dépêcheront d'obtenir ces nouveaux noms de domaine dès qu’ils seront accessibles au grand public, au risque toutefois de se faire damer le pion.

Mais est-ce vraiment nécessaire ?

Les frais reliés à l’enregistrement d’un nom de domaine sont d’abord à considérer : les frais pour quelques noms sont relativement modiques mais si l’on cherche à se prémunir contre différentes permutations dans un monde où il y a plusieurs centaines de gTLDs, les coûts peuvent rapidement devenir astronomiques. Il est tout à justifié de chercher à se protéger contre une concurrence déloyale et la diffamation sur internet mais, à cet égard, plusieurs autres recours (dont des recours efficaces et peu coûteux qui n’impliquent pas les tribunaux) sont disponibles.

Est-il donc vraiment utile d’obtenir les noms de domaine comportant sa marque dans les .sucks, .porn et autres pour se protéger ? Dans certains cas oui, mais en général c’est discutable. En effet, en ce qui concerne le .sucks par exemple, si une personne désirait exploiter un site web dans lequel elle exprime son mécontentement à l’égard de votre société, ce n’est pas l’absence du nom de domaine [nom de votre entreprise].sucks qui l’en empêchera. Un tel site peut-être tout aussi facilement monté en liaison avec un nombre infini de possibilités de noms de domaines ou via une multitude de blogues ou de réseaux sociaux. Par ailleurs, c’est vraisemblablement la popularité d’un tel site et son indexation par les sites de recherche qui seront plus pertinents à sa fréquentation que le fait qu’il se trouve sur un .sucks. Finalement, quelle crédibilité le public va-t-il vraiment donner aux sites sur les .sucks? Probablement aucune pour la vaste majorité des gens.

Le monde de l’internet est en constante évolution et présente de nouvelles questions sur une base presque quotidienne et la crainte suscitée par ces questions conduit certaines personnes à réagir de manière excessive. Il est donc important de relativiser ces nouvelles situations et se poser les bonnes questions pour voir s’il est nécessaire d’agir et, le cas échéant, déterminer quelle serait l’intervention la plus efficace. Plus souvent qu'autrement, la solution idéale est basée sur une marque de commerce dûment enregistrée et un référencement adéquat sur Internet.

Pascal Lauzon fait partie de l’équipe stratégique Web de BCF qui offre à notre clientèle des services et des conseils juridiques pertinents à propos de leur présence sur internet. Cet environnement en constante évolution requiert l’expertise d’une équipe multidisciplinaire comme celle de BCF.